• Soleil d'automne

     23 janvier 2013

    Sujet proposé :

    A la fin de la guerre en 1945, Hans Fischer, un adolescent de 16 ans, vit seul dans une ferme isolée dans le sud de l'Allemagne avec deux chevaux. Son père s'est enfui, mais il lui envoie des lettres qu'il ne peut pas lire car ses lunettes sont cassées.

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    Texte :

    « Comment ai-je pu oublier, se dit Hans, c’est inadmissible. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même ! »

     Il aurait voulu se gifler mais le froid s’en chargeait pour lui. Le début d’automne timide et glacé s’était effacé pour laisser place à des journées glaciales. A moins d’un mètre, il ne voyait pour ainsi dire que des ombres. Il lui fallait déambuler dans les bois, le nez au ras du sol. A chaque fois qu’il se penchait pour faire ses fagots, des douleurs l’envahissaient…

     La nuit, il dormait dans un fauteuil à oreillettes et se rapprochait du poêle au fur et à mesure que la chaleur s’atténuait. Au petit matin, quand un premier rayon de lumière perçait le ciel, il le ranimait avec de grosses bûches qui se consumaient au cours de la matinée. Il chassait les engourdissements près de ses deux grands chevaux tout efflanqués…

     Chaque jeudi, Konrad le facteur passait à la ferme, par simple amitié, pour voir si « le petit » n’avait besoin de rien, et lui apportait quelques articles et des provisions, cadeaux des villageois et amis de la famille. Il avait rarement du courrier pour lui, mais à chaque fois c’était une lettre de son père, qui lui procurait une joie immense, même s’il ne pouvait la lire depuis qu'il avait cassé ses lunettes. Au début, sa fierté l’avait empêché d'avouer son handicap, car personne ne pouvait imaginer à quel point il était myope, et maintenant il était trop tard : la honte serait encore pire, pensait-il…Aussi, devant cet homme pourtant plein de sollicitude, il décachetait la lettre et faisait semblant de la lire. Aux questions du facteur, il répondait par des indications vagues et fallacieuses : son père allait bien, il ne pouvait pas recevoir de courrier, il travaillait dans une ferme en Italie, il ne savait pas quand il rentrerait, mais maintenant que les nazis n’étaient plus dangereux, il allait faire les démarches pour passer les frontières au plus tôt …Mais cela devenait difficile de continuer à mentir ainsi..

     Ces lettres lui taraudaient l’esprit, il y pensait en permanence, en s’occupant des chevaux, en ramassant le bois, en s’activant dans la maison. Même en dormant il en rêvait…Et pourtant, c’était jeudi aujourd’hui, et il avait oublié que c'était le jour du passage de Konrad ! Même s’il rentrait maintenant en courant, le préposé serait reparti depuis longtemps.

     C’est donc l’esprit assombri, le pas mal assuré, et le dos ployé sous deux lourds fagots qu’il revint péniblement à la ferme sur le coup de midi. Courbé comme il l’était, le regard fixé au sol pour ne pas trébucher, il tourna le coin de l’écurie et faillit heurter de plein fouet Konrad qui était là et l’attendait toujours malgré l’heure tardive, le dos appuyé au mur.

     « Tu vas bien ? lui demanda Konrad en le regardant attentivement, cela fait un moment que je t’attends ! »

     Hans se débarrassa de ses fagots en les jetant à terre, et se redressa, se tenant les reins, grimaçant involontairement.

     « Oui, ça va, répondit-il, il fait juste froid et il faut que j’aille plus loin dans la forêt chercher du bois. »

     Il ajouta immédiatement, avec une nuance d’espoir dans sa voix qui tremblait légèrement :

     « J’ai une lettre ? C’est pour ça que tu m’as attendu ? »

     Konrad exhiba une enveloppe, mais ne la lui donna pas. Il se rembrunit et reprit d’une voix accusatrice :

     « Oui, j’ai une lettre pour toi. Mais il va falloir que tu t’expliques avant, car moi aussi j’ai reçu une lettre de ton père. Et elle ne me raconte pas la même histoire. Il m’a écrit parce qu’il n’a jamais reçu de réponse de ta part, et qu’il se fait du souci. Pourquoi tous ces mensonges ? Pourquoi ce silence ? »

     Hans eut un haut le corps et se redressa, le visage déformé par la colère qui l’avait envahi en entendant ces mots. Il ne savait pas comment réagir, mais il n’était pas question de dire quoi que ce soit. Après tout, cela faisait longtemps qu’il se débrouillait seul, et ce n’est pas le facteur qui allait lui faire la leçon.

     « Donne moi ça », dit-il en essayant d’arracher l’enveloppe à Konrad. Celui-ci retira sa main et le repoussa gentiment mais fermement pour le maintenir à distance.

     « Ne t’énerve pas. Tout va bien. J’ai encore quelque chose à te dire, on parlera après »

     Il attendit encore quelques instants, puis son visage s’éclaira d’un grand sourire radieux. Il attira l’adolescent à lui, le serrant dans ses bras malgré sa réticence, et lui annonça :

     « Ton père arrive après demain. C’est pour ça qu’il m’a aussi écrit, pour être sûr. Et il doit aussi te le dire dans cette dernière lettre pour toi. Vas-y, ouvre la. »

     A cette nouvelle, Hans sentit sa colère disparaître et se transformer en une joie intense qui fit s’effondrer les barrières de sa fierté. Entouré par les grands bras de Konrad, il se sentit fondre, comme il fondrait sans doute bientôt dans ceux de son père enfin retrouvé.

     Comme il avait été bête ! Il avait maintenant envie de tout dire à cet homme qui, de loin, l’avait protégé sans qu’il s’en rende compte. Il se détacha de lui, les yeux embués, lui rendit la lettre, puis lui dit :

     « Rentrons. Je vais rallumer le feu et te raconter. Et toi tu vas lire. »

     


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