• Lettre à Claudette

     

    Chère Claudette,

     

    Je suis sûr que tu te souviens de moi comme je me suis souvenu de toi ce matin, lorsqu'en inventoriant le contenu d'une vieille malle, je suis tombé sur quelques photos de notre adolescence, au milieu de plusieurs carnets de bord que je tenais en 1957, quand nous avions tous deux treize ou quatorze ans.

    Te souviens tu de ces étés à Avricourt ? J'étais en pension en Normandie, je revenais chez mes parents tous les trois mois, et j'y passais les grandes vacances. On s'ennuyait un peu, mais il y avait toutes ces belles journées au cours desquelles nous allions en vélo, avec tes sœurs, avec Gustave, avec Huberte, avec les frères Kern, à la piscine de Bataville. Le soir, en attendant que nos parents nous appellent pour dîner, nous jouions à cache-cache sur la place de l'église, ou nous bavardions assis sur le banc des voisins. Parfois, nous allions le soir au cinéma à Igney. J'étais plus ou moins amoureux de toi, mais tu ne l'as jamais su, enfin je crois. D'ailleurs je faisais tout pour le cacher, je me demande bien pourquoi aujourd'hui. Peut-être était-ce parce que je venais trop peu souvent, parce que j'étais un gros timide, ou encore parce que tu savais te montrer parfois si distante que je n'osais t'approcher.

    Nous nous sommes perdus de vue après mon mariage, quelques années plus tard. J'ai appris par ma mère que tu t'étais mariée aussi, et que tu avais eu des enfants. Je ne sais rien de plus. Alors, pourquoi cette lettre après toutes ces années enfuies ? Je crois que c'est simplement pour retrouver, en bavardant avec toi si tu le veux bien, le parfum inimitable de ces années de jeunesse, savoir ce que tu as fait pendant tout ce temps, découvrir ce que la vie nous a réservé, parler de nos amis d'enfance, de nos parents, du village. A l'âge que nous avons atteint, ce serait bon, ne crois-tu pas, de s'échanger en toute amitié des souvenirs oubliés qui ne demandent peut-être qu'un petit déclic pour refaire surface ?

    Je n'irai pas plus loin aujourd'hui, car je ne sais pas comment tu vas accueillir cette lettre, et je ne voudrais pas que cela trouble le cours de ta vie.

    J'attends ta réponse, quelle qu'elle soit, avec impatience, et je t'embrasse.

     

    Jean        (que tout le monde appelait « le Jeannot »...)

     

    PS : voici l'adresse où j'habite maintenant depuis quinze ans : XXXXXXX

     


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