• Les années...

    16 janvier 2013

    Les années

    Texte :

     Je me promenais tout à l’heure sous la pluie avec mon chien, et je pensais à ce que j’éprouvais dans les mêmes conditions pendant mes années de jeunesse, et que je n’éprouve plus aujourd’hui, sauf à faire l’effort de me souvenir de ce que je ressentais. Le futur était riche de potentialités, et la pluie sur mon visage et les gouttes dans les flaques n’étaient que les catalyseurs de mes émotions ; je respirais l’air doux à pleins poumons et je me sentais voler parfois sur les ailes du temps.

     Le temps passe et les années défilent ; leur souvenir est encore vivant, mais il s’estompe doucement…

     L’année du grand froid en 1956,

     L’année où j’ai embrassé une fille pour la première fois,

     L’année de la première fois, et toutes les années des fois suivantes,

     L’année du voyage de noces dans le Morvan,

     Les années où j’ai vu naître mes enfants,

     Les années sous la mer,

     Les années de promenades dans les landes bretonnes,

     Les années noires de notre amour,

     L’année où ma mère est morte, et les années de chagrin,

     Les années funestes de l’autisme qui ne disait pas son nom,

     L’année socialiste de 1981,

     L’année du repos bien gagné,

     Et puis sans doute aussi, un jour prochain,

     L’année où je serai enfin grand-père,

     Sans oublier, bien sûr, l’instant de ma mort, et la curiosité de ce qui viendra après, peut-être…

     Aujourd’hui, les mondes divergents sont encore un peu devant moi, mais derrière il n’y a qu’une ligne : celle qui, parmi tous les possibles, s’est faite réalité. Et la pluie n’a plus la même odeur, même quand elle tombe en automne dans la forêt et fait surgir les riches senteurs que la terre exhale…Elle ressemble plus à de l’eau qui s’introduit dans le col de mon manteau et me glace le dos ; elle me donnera peut-être un rhume demain et il me faudra, quelle barbe, nettoyer mes chaussures en rentrant !

     Tout cela pour vous demander : où est la réalité dans tout cela ? La vraie, l’objective. Est-ce celle du rêve de jeunesse, ou celle terre à terre d’aujourd’hui ? Ou les deux ? Ces années dont je me souviens ont-elles existé ailleurs que dans mon souvenir ? La poussière impalpable du temps qui passe recouvre tout, petit à petit, mais je me demande souvent maintenant si le temps lui-même n’est pas une illusion, comme le reste…

     Graves questions existentielles, qui reviennent sans cesse, infinies, comme le ressac, comme les marées, comme les jours et les nuits, comme la Terre autour du Soleil…

     


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