• Le voyage à pied

    Récit de voyage : "Le voyage en _____"

     

    Cette année là, Romain avait projeté de se rendre au festival de l'insolite, du fantastique et de la science-fiction qui se tient tous les ans à La Garde Freinet dans le massif des Maures. Pour s'y rendre, son plan était simple : prendre le train de Paris jusqu'aux Arcs, puis l'autocar jusqu'à sa destination. Il n'avait pas beaucoup dormi dans le train, et s'était retrouvé à 7 heures du matin sur la place de la gare des Arcs où une mauvaise surprise l'attendait : le dimanche, la liaison par car ne fonctionnait pas...Il n'était pas question de prendre un taxi, aussi, la mort dans l'âme, il se résolut à faire à pied les 25 km qui le séparaient de son bungalow dans le camp de vacances où se tenait le festival.

    Pour couronner le tout, il avait un sac de voyage muni de deux poignées, sans aucune sangle pour le porter sur son dos. Il réussit néanmoins à passer ses deux bras dans les poignées et à hisser le paquet sur ses épaules ; cela faisait un peu mal, mais c'était mieux que de porter le tout à bout de bras comme une valise. C'est ainsi qu'il prit la route, cahin-caha, transpirant déjà sous le soleil voilé. Les voitures étaient rares, et aucune ne s'arrêta malgré son pouce levé. Les gens se méfient toujours, on se demande bien pourquoi, sans doute la peur des autres. Après Vidauban, il en eut assez, et obliqua dans un sentier après avoir consulté sa carte. Le ciel se couvrait, et au bout d'une heure une petite bruine bienfaisante se mit à tomber. Il avançait dans la forêt de chênes-lièges, au milieu des broussailles où le sentier se distinguait à peine, mais permettait d'éviter le piquant impénétrable des ajoncs. C'était un endroit magnifique, très vert, où s'élevaient régulièrement les troncs imposants et séculaires d'énormes châtaigniers.

    Vers dix heures, il fit une pause près d'un chêne aménagé en poste de guet pour les chasseurs. Il prit quelques biscuits et sa gourde et grimpa au sommet. Tout était très calme, les sons étouffés comme dans un rêve ou un autre monde. Le vent ne pénétrait pas la végétation, mais le haut des arbres bougeait parfois imperceptiblement, dans un bruissement mat de branches agitées. A la végétation près, l'atmosphère rappelait celle des Ardennes de Gracq dans le « Balcon en forêt ». Ce moment éphémère de bonheur subtil emplissait son cœur d'une étrange nostalgie ; il aurait souhaité à cet instant pouvoir arrêter le temps, ou le transformer en une éternité, ce qui revient au même.

    Trois heures plus tard, il atteignait enfin le village de La Garde Freinet, les jambes flageolantes, mais heureux de cette parenthèse solitaire et imprévue. Ce fut en effet le seul moment intéressant de ce voyage, car il apprit en arrivant, à son grand dépit, que le festival avait été annulé. Il resta quand même les cinq jours prévus, se promenant aux alentours sans retrouver sous le soleil la magie de son périple initial. La foule des aficionados de l'insolite avait été remplacée par une cohorte bruyante de touristes du troisième âge, des footballeurs marseillais en goguette, et une troupe de théâtre d'une rare nullité.

    Au retour, Romain prit le car, après avoir plusieurs fois vérifié qu'il existait bien. Cette semaine de vacances, sans être fantastique ni insolite, garda dans sa mémoire un goût particulier dont il se souvint longtemps.


  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Novembre 2015 à 16:15

    Le bonheur des instants solitaires volés à l'emploi du temps et qui ont le goût des efforts déployés pour les acquérir. L'atmosphère de ce voyage s'impose progressivement et je la partage avec plaisir.



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