• Le sentier

    Quand on marche en forêt, il faut quitter les larges allées rectilignes, même si elles sont bordées d'arbres centenaires, même si elles sont, l'été, recouvertes de vertes frondaisons qui apportent au promeneur une fraîcheur bienvenue dans une semi obscurité apaisante. Les chemins qui s'alignent jusqu'à l'horizon portent en eux l'ennui, on en voit le bout, une tache plus claire qui s'ouvre peu à peu sur le ciel qui recouvre les champs ou les prés, succédant ainsi aux mystères de l'ombre végétale.

    On emprunte alors un sentier à peine visible qui part d'une de ces allées, quelquefois bien caché derrière un roncier, à peine décelable par une densité plus faible à cet endroit. On sait qu'il est peu emprunté, puisque la végétation l'envahit et qu'on le perd parfois entre les arbres. L'herbe n'y pousse pas, ou peu, les feuilles de l'automne précédent le recouvrent encore ; parfois un creux humide est le seul à signaler encore sa présence. Pourtant, il est là, le sentier, il sinue entre les troncs, les fleurs de printemps y poussent sans crainte, et les baliveaux l'évitent.

    Alors on ralentit le rythme de la marche, on regarde autour de soi, on écoute les bruits ténus des feuilles qui bruissent sous une petite bouffée d'air impromptue, ceux des insectes volants, mouches, abeilles parfois, bourdons et même quelques moustiques. Au loin, un pivert essaie sans succès d'imiter un marteau piqueur, des oiseaux gazouillent, et se taisent quand ils nous entendent approcher malgré nos précautions.

    Pour mieux écouter, pour mieux voir, on s'arrête un moment, tous les sens en éveil, on s'assoit au pied d'un arbre. Peu à peu les bruits de la forêt reviennent, et si on fait bien attention, on peut enfin apercevoir les petites bêtes qui les produisent. On sort alors doucement son appareil photo, on choisit son objectif, on immortalise ce qu'on voit, qui méritera peut-être un recadrage si l'épreuve est bonne. On peut aussi, si on est bien organisé, sortit son dictaphone, enregistrer ce qu'on entend et essayer d'identifier son auteur.

    Avant de repartir, on prend une gorgée d'eau fraîche dans sa gourde. Parfois, quand l'envie nous en prend, on ferme les yeux et on se laisse envahir par une douce somnolence qui magnifie les sons et les sensations, nous incitant ainsi à prendre conscience du bonheur simple qu'il y a à arpenter tranquillement un petit sentier forestier, loin des hommes, près de la nature.

     


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