• Le calme précurseur...

    Ecrire le paragraphe qui apparaîtra dans le texte d'une fiction juste avant la découverte d'un corps.

     

    1. Après avoir couru environ 2 km aussi vite qu'il pouvait, Gaêtan ralentit l'allure. A son âge, il ne fallait pas trop forcer, viser plutôt l'endurance que la performance. Il était déjà trempé, son tee-shirt lui collant au torse, les gouttes de sueur dégoulinant le long du nez vers ses narines et le haut de sa lèvre supérieure. Il soufflait fort, ses jambes déroulant un rythme couplé avec celui de sa respiration : deux foulées pour une inspiration, suivies de deux foulées pour une expiration. Les bras détendus, les mains ballantes, relâché, pour se fatiguer le moins possible. Quand son organisme aurait retrouvé un nouvel équilibre après qu'il ait ralenti, il passerait à un rythme deux / trois au lieu de deux / deux. Il se concentrait sur cette régularité qui lui permettait de courir ainsi plus de cinq kilomètres tous les matins, étranger au paysage qui défilait de chaque côté du chemin, imperméable au miroitement étincelant du lac derrière les feuillages. Il se sentait bien au début de cette journée qui promettait d'être belle.

     

    2. Comme à l'accoutumée, Germain gara sa voiture dans la descente de son garage, en sortit et verrouilla les portières. On n'est jamais trop prudent, surtout dans un quartier cossu où viennent rôder parfois les bandes des banlieues à la recherche de grosses cylindrées faciles à dérober. Boutonnant son costume trois pièces, son attaché-case à la main, il se dirigea vers sa maison. Il admira au passage, avec un brin de fierté, la rectitude et le vert uniforme de la pelouse qu'il avait tondue la veille au soir avec un soin tout particulier en vue du barbecue prévu ce samedi avec ses voisins. La semaine venait de se terminer, et il pensait avec délices à l'apéritif qui l'attendait : depuis des années, c'était devenu un rite entre sa femme et lui, une façon à eux de fêter ce mémorable événement hebdomadaire. Il sortit ses clés et ouvrit la porte.

     

    3. Le film ne l'intéressait pas, il pensait toujours à ce que lui avait dit son supérieur dans l'après-midi. Il allait être licencié, non qu'il ne donnât pas satisfaction, mais pour des raisons confuses de « rationalisation de la production ». Il n'avait pas bien compris en quoi la disparition de son poste était rationnelle, son esprit tournant en rond pour rechercher les vrais motifs. Bouillant de rage et de frustration, il avait commencé par aller au bar voisin descendre plusieurs cognacs à la file, avant de s'affaler dans le fauteuil de ce cinéma quasiment vide où il s'était assoupi un bon moment avant de se remettre à cogiter. Il ne se sentait pas très bien, exsudant une sueur froide, la nausée au bord des lèvres. Trop de cognac sans doute. Il tenta de se calmer en inspirant à fond plusieurs fois de suite. Quand il se sentit mieux, il se leva et, d'un pas mal assuré, se dirigea dans le noir vers la sortie en s'appuyant sur le haut des sièges de chaque rangée. Heureusement qu'il s'accrochait, car il trébucha sur un obstacle et faillit tomber. Il jura et regarda à ses pieds.

     

     

     


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