• L'honnêteté n'a pas d'âge...

    Ecrire un texte autour du dicton populaire : "Mieux vaut tard que jamais"

     

    Un soir de printemps, Gabriel rangeait sa cave pour en éliminer les vieilleries accumulées depuis des décennies, lorsqu'il tomba, au fond d'une cantine rouillée, sur une plaque de rue métallique, corrodée, où le fond bleu encore visible laissait apparaître un nom en relief : « Rue Roger d'Andeli ». Pendant quelques instants, il se demanda ce que cet objet faisait là, avant que lui revienne en mémoire cet épisode de sa jeunesse, cinquante ans en arrière...

    Il venait de passer son bac dans un internat militaire, et en attendant les résultats, les élèves n'avaient rien à faire et s'ennuyaient ferme : rien n'était prévu pour les occuper et les sorties en ville étaient interdites. Un soir, après une nouvelle journée vide passée à errer du gymnase au terrain de sport et à sommeiller dans l'herbe, Bernard, Frédéric et Gabriel décidèrent de « faire le mur », sans but précis, rien que pour sortir et voir autre chose. C'était facile, tout le monde savait par où on pouvait passer, un trou dans le grillage au flanc de la colline, derrière le gymnase. Mais que faire une fois dehors ? Les rues étaient vides, la séance de cinéma déjà largement entamée, ils étaient trop jeunes pour s'installer dans un bar, et leur uniforme, bien connu de la population locale les empêchait de se montrer sans risque dans un lieu public.

    Gabriel et ses camarades se promenèrent donc dans les rues résidentielles désertes de la ville, sans trop se montrer, mais en accumulant les bêtises, dans un rythme allant crescendo : sonner à toutes les portes et s'enfuir en courant, taper sur les panneaux de signalisation pour faire le plus de bruit possible, shooter dans les poubelles métalliques, jeter du gravier sur les vitres des fenêtres, et autres frasques aujourd'hui oubliées. Pour terminer leur expédition, ils descellèrent en guise de trophée une plaque de rue que Bernard emporta sous son bras. A leur retour, mauvaise surprise : le surveillant de nuit les attendait devant la porte de leur pavillon. Comme ils le virent suffisamment tôt, ils prirent le parti d'enterrer au plus vite la plaque dans le bois voisin au lieu de la jeter dans un endroit où elle aurait été rapidement retrouvée. Puis ils rentrèrent, furent punis, finirent par oublier cette escapade, et l'affaire en resta là. Après le bac, ils se perdirent de vue pendant longtemps.

    Et voilà qu'il retrouvait cette relique du passé ! Bernard l'avait déterrée, et l'avait donnée à Gabriel quelques années plus tard, le jour où celui-ci, après avoir longtemps cherché, puis enfin retrouvé son camarade, lui avait rendu visite dans son pavillon de Bondy où il vivait avec sa femme et son bébé. Gabriel l'avait rangée, puis oubliée. En la retrouvant aujourd'hui, il retrouvait non seulement la mémoire de ce lointain incident, mais aussi son état d'esprit d'adolescent, si bien qu'une idée loufoque lui traversa l'esprit et lui donna l'envie et le courage de se comporter à nouveau comme un jeune écervelé. Jubilant intérieurement, excité comme un gamin, il se précipita dans sa voiture avec la plaque et sa boîte à outils, et prit la route pour Les Andelys où il arriva bien après que la nuit soit tombée. Il repéra très vite la rue « Roger d'Andeli » grâce à son GPS, et se gara sous la plaque rutilante vissée sur un mur au début de la rue. Quelques coups d'oeil à droite et à gauche, rien à l'horizon. Il sortit un tournevis, et en deux minutes il eut démonté la plaque et remis l'ancienne à sa place.

    Il avait ainsi récupéré une plaque neuve, mais ce n'était pas cela l'important : en homme honnête et scrupuleux, il avait rendu à son propriétaire la plaque dérobée un demi siècle auparavant. Mieux vaut tard que jamais.

    L'honnêteté n'a pas d'âge...


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