• Café corsé

    Nighthawks – Edward Hopper 1940

     

    Bar, intérieur nuit.

    4 personnages :

    F : la femme

    H : l'homme avec elle

    S : l'homme solitaire

    B : le barman

     

    S : (in petto) Deux heures que je suis là, il ne se passe toujours rien. 5 whiskies...je ne vais plus être opérationnel, et en plus j'arriverai pas à rentrer.

    Enfin, y a ces deux là qui viennent d'arriver. La fille est mignonne, dommage qu'il y a ce type avec elle. Chez moi il y a que le plumard vide et froid. Je vais rester encore un peu, on ne sait jamais.

    (Le barman sert du café à l'homme et à la femme)

    H : J'avais demandé du café, franchement mon vieux c'est de la lavasse votre truc.

    B : Comment ça, lavasse ? J'ai toujours fait le café comme ça, et personne n'y a rien trouvé à redire. Ou alors vous arrivez tout droit d'Italie ?

    H : Ouais, et chez moi le café c'est pas de l'eau brune. J'en rêve depuis que je suis ici.

    B : Et madame ? Qu'est ce qu'elle en pense de mon café ?

    F : (regard furtif vers son compagnon) Rien. (Bref silence) Si ça lui plaît pas, j'ai rien à dire. Vous feriez mieux de lui en faire un corsé.

    B : J'ai le café qui est là dans la cafetière, et rien d'autre. Désolé, mais j'y peux rien, et vous savez bien que c'est pareil ailleurs. On est en Amérique ici, pas en Italie.

    S : (in petto) Ça tourne au vinaigre. Qu'est ce qu'ils font là à boire de la lavasse et à pinailler ?

    H : Vous feriez mieux de baisser le ton et de faire ce qu'on vous dit. (il porte la main à sa poche)

    F : (lui saisit le bras) Attends

    (au barman) Qu'est ce qui vous empêche de prendre le café moulu, de le mettre dans une tasse d'eau chaude, comme chez les turcs ? Tout le monde sera content, et on boira enfin quelque chose qui vaut le coup.

    B : (jette un regard noir au couple et se met à triturer son chiffon)

    Depuis quand les poules se mettent à caqueter quand les hommes parlent ? D'abord je répète : on n'est pas en Italie ici, ni en Turquie non plus. On est en Amérique, et on boit du café américain. Et ça fait 50 cents, maintenant vous pouvez dégager avant que je m'énerve.

    H : (se redresse, enlève son chapeau qu'il pose sur le comptoir et écrase sa cigarette. La femme se recule légèrement)

    T'as tout faux mon gars. J'étais venu en client agréable, en ami presque, voir comment marchent tes affaires. Mais tu as une trop grande gueule, et ça ne va pas te porter chance. C'est ça que j'étais venu te dire : tu as un loyer en retard, et c'est grave. Et comme t'es pas aimable avec les bons clients et que tu nous sers de l'eau de vaisselle, ton loyer il vient d'être augmenté de 50%

    S : (in petto) Tiens tiens, je ne vais pas perdre ma soirée...

    B : (se recule, l'air soudain apeuré)

    S'cusez, monsieur, je savais pas. Fallait le dire tout de suite, et je vous aurais fait quelque chose de spécial, sans blague.

    (il s'affaire et commence à verser du café moulu dans une tasse) C'est ma tournée.

    S : (joue à l'ivrogne) Ben, si c'est votre tournée, je reprendrais bien un whisky.

    H : (se tourne vers S, l'air mauvais) Toi, tu t'occupes de tes oignons.

    (au barman) Le loyer, tout de suite. Ou tu préfères que je revienne demain avec les gars de la famille ? Ton café, tu te le carres où je pense.

    F : Je t'attends dans la voiture.

    H : Non, tu restes.

    S : ( se lève d'un bond, sort sa plaque de police d'une poche, un calibre 44 de l'autre, et braque le couple)

    Toi le gringalet, tu poses tes mains sur le comptoir ! Voilà, comme ça ! Doucement !

    La nana, tu vas au fond et tu ne bouges pas

    Le barman, t'appelle le poste pendant que je les surveille

    (le barman saisit le téléphone et appelle la police)

    (le silence règne pendant un moment. Puis on entend une sirène qui se rapproche)

    S : (goguenard)

    Vous voyez, je ne suis pas en service, j'avais le cafard et j'étais venu me saouler tout seul avant d'aller me coucher. Et j'allais partir. Mais on a toujours de bonnes surprises ! Et plus l'endroit est pourri, et meilleure est la surprise...Et maintenant le moral est revenu, grâce à vous. Merci tout le monde !

    (Le car de police hurlant s'arrête devant le café)

     

    Morale de l'histoire :

    1. si on ne veut pas avoir d'ennuis, il vaut mieux faire du bon café.

    2. se méfier des gens qu'on ne connaît pas

    3. rester optimiste même quand on n'a pas le moral


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